Le Voyage de Dimai nous entraînera des hauteurs mystiques du Chiapas, en remontant les méandres du Mississippi, jusqu’aux Rocheuses, à bord d’un bateau à vapeur blindé, véritable forteresse flottante. Sous le poids des légendes oubliées, Dimai, une jeune Indienne, découvre sa destinée : devenir Ixchell une demi-déesse façonnée par les ultimes secrets des codex incas. Guidée par Itzamna, dieu des éclairs et des visions, et accompagnée par un âne immortel, elle devra affronter les forces humaines et surnaturelles qui tentent de l’asservir ou de l’anéantir.
Chapitre 2 : Le Sssteamlander

Extrait 1: Le capitaine Macbull
Port de Vera Cruz 1890.
Immobile, il se tient, les deux mains fermement posées sur la rambarde de bois lisse et patinée qui trace un arc de cercle parfait reliant les deux extrémités du dernier pont de son bateau à roue le SSsteamlander. Surplombant la proue avant, le capitaine Macbull savoure les derniers instants qui le séparent de ce qui sera sans doute son dernier voyage vers le nord de la confédération et des grandes plaines qui bordent le Mississippi. Il en apprécie d’autant plus le moment ou les grands mats de métal dans un ballet de câble et de grincement finissent de hisser les dernières caisses au fond des cales. Les cris des marins qui chargent les ballots de coton mexicain et les sculptures d’un autre âge rythment le ballet. Dieux de pierre et autres vases de céramique rejoignent discrètement les derniers espaces libres du pont de surface et se mêlent a la cargaison de tissus et de laine de lama. Il est fier de ce qu’il a accompli à bord de ce vapeur à roue. Il en a entièrement conçu les aménagements qu’il souhaitât discret. Même si son caractère fait de lui un homme distant, déterminé, parfois violent, il n’est pas vantard. Il n’est pas dans son intérêt que tout le monde connaisse l’ampleur de sa réussite. Tout au long de sa carrière, il a appris à diversifier sa marchandise et cultiver sa stature de vieux loup de mer. La barbe longue, une éternelle casquette militaire sur le crâne et le cigare souvent éteint aux lèvres qu’il a généreuses, il scrute l’horizon de ses yeux bleus perçant aux sourcils fournis, autant de détail qui trahissent ses origines irlandaises. De très grande taille, les épaules massives, il impose le respect et semble être un géant par rapport aux indigènes du port mexicain de Vera Cruz. Il dirige son équipage d’une dizaine d’anciens militaires, tous comme lui irlandais, d’une main qui ne tremble jamais et commande le navire comme une division militaire. Forgé par l’exode et son ascension au sein de l’armée, il impose la discrétion et nul ne voulait trop fouiller dans son bateau qui reste son royaume. Il peut être doux et brutal, mais en tout cas sanguin. Autant d’éléments qui l’ont préservé de la curiosité et du raquette des autorités mexicaines pendant toute ses année passé a remonté de Vera Cruz jusqu’au nord du Mississippi. Mais il est sure qu’il est tant pour lui de profiter de ce qu’il a acquis et de se retirer dans d’autres territoires.
Surplombant l’ensemble de cet assemblage de bois et de métal, deux cheminées se dressent et laissent échapper des nuages de vapeur. Le plein d’eau et de bois étant fait depuis le début de la semaine, la force de la vapeur réservée aux manipulations des charges lourdes et des stocks de bois de minerai est maintenant destinée à arracher la coque de métal de la berge du port ou il séjourne depuis trop longtemps. Le capitaine s’étant résigné à ne jamais prendre de passager malgré la forte demande et le profit qu’il pourrait en tirer, il est prés à partir. Depuis sa retraite de l’armée, il est l’un des plus anciens à louer son bateau à la compagnie Acme Packet fondée par le capitaine John Streckfus en 1884. Cette compagnie, basée à Rock Island dans l’Illinois, possède quelques bateaux postaux qui transportent aussi du fret et des passagers le long du Mississippi. Pour le SSsteamlander c’est différent car il est l’entière propriété du capitaine Macbull. À l’approche de la fin du siècle, l’armateur se rendit compte que le développement spectaculaire du rail mettait en péril son entreprise et il réagissait en portant tous ses efforts sur les excursions touristiques le long des principaux fleuves que sont le Mississippi et l’Arkansas. Mais le capitaine Macbull ne pouvait se résoudre à un tel changement et compte bien prendre le large avec un maximum de profit, en tant que capitaine indépendant sous licence il offrait également à la compagnie de nombreux revenus supplémentaire. Mais les temps changent plus vite que prévu et le chemin de fer achève de réduire à zéro les perspectives de développement du fret en tout genre, légal ou clandestin, par la voie maritime. Le tourisme n’est en tout cas pas la tasse de scotch du Capitaine. Le trafic et la traite d’esclave sont les catégories ou il excelle et cette dernière expédition sera l’aboutissement de sa carrière celle de ses hommes les plus fidèles.
Une carrière qu’il a commencée dans l’armée de l’union et dont l’apogée a été pendant la guerre civil et la prise du poste Arkansas. Une histoire qu’il aime décliner soir après soir avec les membres de son équipage et qui fait de lui un héros de l’histoire maritime, même si de nombreux détails semblent fantaisistes ou empruntés à d’autres héros de la guerre de Sécession.
Ce matin en observant le ballet incessant des treuils et sous les soupirs des pistons du bateau à vapeur, le capitaine se laisse donc emporter dans ses souvenirs de guerre. Le capitaine fut promu pour sa bravoure et devint un des premiers militaires à faire carrière dans les bateaux a vapeur fort de leur expérience au service de la guerre maritime. Les trésors de guerre qu’il avait amoncelle tout le long de cette guerre civile meurtrière, mais lucrative pour qui savait compter et ne pas s’encombrer de préjudice ou de trop hautes valeurs morales lui ont permis de racheter un bateau et de financer sont aménagement faisant de lui un entrepreneur libre et informé.
