Legende des origines

Le Chant Perdu des Trois Hommes Gris
Récit ancien, murmuré aux ombres et aux vents.
Avant le Commencement
Écoutez, écoutez bien,
Car ceci est un chant oublié,
Un murmure d’avant la lumière,
D’avant le souffle, d’avant les eaux.
Il fut un temps où le ciel était noir,
Plus noir que la nuit sans étoiles.
Il fut un temps où la terre n’était qu’une pierre,
Une pierre noire, figée, muette, sans souffle ni mouvement.
Dans ses entrailles, un feu sans maître,
Une mer de lave, des fleuves de cendres,
Des montagnes tranchantes comme les dents d’un oiseau céleste.
Les serpents de feu rampaient librement,
Glissant d’un volcan à l’autre,
Creusant sans fin les premières galeries,
Sculptant les premières montagnes.
Et tout n’était que silence.
Pas un souffle.
Premier Âge : L’Œuvre des Trois Enfants Gris

Puis vint le jour où descendirent les trois enfants gris,
Nés des profondeurs du cosmos,
Enfants des Plus Anciens,
Créatures sans âge, sans nom,
Ni hommes, ni dieux,
Mais faits de brume et de pierre,
De cris, de vapeur et de cendres.
Créatures filiforme, sans yeux ni bouches.
Le corps luisants protéger d’ écaille et de multiple pics.
Corps ondulant surmonté d’une sphère percée de multiple trou, orifices mouvant, s ouvrant et se fermant sans logique.
Ils regardèrent la pierre noire,
Ils virent son silence, son sommeil,
Et cela les emplit d’un rire insondable.
Premier son de se monde sans vie.
Alors ils décidèrent de jouer.
Le Premier, le plus grand,
Saisit les nuages de vapeur brûlante,
Les pressa dans ses mains immenses,
Et en fit tomber des torrents,
Des fleuves déchaînés qui brisèrent la roche.
Le Deuxième, le plus vif,
Prit une poignée de feu,
La roula dans ses paumes et façonna une sphère,
Puis, d’un souffle, l’envoya au loin.
Elle devint le soleil,
Illuminant la mer nouvelle du Premier.
Le Troisième, le plus curieux,
Creusa la pierre, modela une autre boule,
Moins grande, moins éclatante,
Et la lança dans les cieux.
Elle devint la lune,
Veillant sur les eaux du Premier
Et la lumière du Deuxième.
Alors les Trois Enfants Gris bondirent,
Ils dansèrent,
Leurs pas écrasèrent la pierre,
Et sous leurs pieds naquirent les vallées et les montagnes.
Le ciel s’ouvrit,
Les étoiles se mirent à tourner,
Et dans ce grand tourbillon,
La pierre noire prit enfin vie,
Elle tourna,
Elle devint bleue.
Ainsi naquit le monde des eaux et des pierres.
Deuxième Âge : La Création des Petits Êtres

Mais les enfants gris sont comme tous les enfants :
Ils s’ennuyaient.
Ils avaient fait des mers,
Des montagnes, des forêts, des plaines,
Et même d autre choses innommables.
Mais cela ne les amusait plus.
Alors, avec la terre la plus malléable, ils façonnèrent d’étranges figures, des formes mouvantes. Ainsi naquirent les premiers animaux.
Puis ils façonnèrent des bêtes,
D’étranges créatures aux formes tordues.
Certaines rampèrent dans les ténèbres des entrailles de la boule.
D’autres plongèrent dans les eaux,
D’autres encore s’accrochèrent aux cimes.
Et d’ autres disparurent on ne sait plus ou.
Difformes et maladroites au début puis leurs mains se firent plus habile,
les trois créatures grises en fabriquaient de toute sorte et de toute forme.
S amusant a jeter les plus difforme au fond des mers ou dans les grottes les plus sombres.
Mais cela ne leur suffit pas.
Alors, ils plongèrent dans les océans,
Y prirent le sable le plus noble.
Ils gravirent les montagnes,
Y arrachèrent les pierres les plus pures.
Ils capturèrent le vent,
Et en emplirent des formes encore inertes.
Ainsi furent créés les Petits Êtres,
Maigres, difformes,
Fragiles et translucides,
Avec des yeux pour voir,
Une bouche pour parler,
Des oreilles pour entendre,
Des narines pour respirer.
Les Trois Enfants Gris rirent de leur maladresse,
Ils s’amusèrent de leur fragilité,
Et trouvèrent enfin un jeu à leur goût.
Mais les trois enfants gris grandissent,
Et l’âge cosmique les appela.

Avant de partir,
Ils ne purent abandonner ces êtres malingres à leur sort,
Alors, ils leur laissèrent trois présents :
- Le Talisman aux Six Serpents,
Pour survivre au feu et sonder les entrailles du monde.Danser dans les volcans. - La Dent de l’Oiseau Céleste,
Pour parler aux bêtes et comprendre les vents.Dompter la nature. - La Pierre du Cosmos,
Pour lire les étoiles et deviner l’avenir.
Ils confièrent ces trésors au plus sage des petits êtres.
Puis, d’un battement de leurs immenses mains, et de leur pieds
Ils dispersèrent leurs créations aux quatre coins du monde,
Et, riant encore de leur dernière farce,
Ils s’évanouirent dans l’obscurité du ciel, écartant à nouveau les étoiles, ils disparurent dans le noir du cosmos.
Troisième Âge : La Chute

Les Petits Êtres malingres grandirent,
Ils bâtirent des royaumes,
Ils maîtrisèrent la terre et le ciel.
Mais ils oublièrent leurs créateurs,
Ils oublièrent que la pierre noire n’était qu’un jeu,
Que la mer et le vent n’étaient qu’un amusement.
Ils voulurent tout posséder,
Ils se déchirèrent pour les trois artefacts,
Et bientôt, il ne resta plus que la guerre.
Les volcans se réveillèrent,
Les mers bouillirent,
Les forêts s’éteignirent,
Les bêtes disparurent.
Les grottes s’ouvrirent,
Libérant les créatures oubliées,
Celles que les trois Enfants Gris avaient cachées dans l’ombre.
Les Petits Êtres malingres, acculés, face à leur propre destruction
Se dévorèrent entre eux.
Les artefacts disparurent, emportant avec eux la dernière étincelle de savoir. La petite sphère bleue n’était plus que ruine et cendre.
Quatrième Âge : Le Châtiment

Les Trois Enfants Gris,
Désormais devenus Maîtres d’Autres Mondes,
Entendirent le chaos de leur premier espace de jeu.
Une mélancolie sans fin s’installa dans leurs cœurs cosmiques.
Et tandis que la pierre sombrait dans l’obscurité, un murmure s’éleva dans le vide :
« Ce qui dort n’est jamais mort, et dans l’éternité, même les cendres rêvent encore. »
Dans le silence de l’univers, la pierre noire redevenue bleue dérivait, abandonnée, un souvenir oublié dans l’immensité cosmique.
Alors Ils revinrent,
Écartant les étoiles d’un seul geste,
Ouvrant le ciel d’une seule main dans un déluge d eau et de feu.
Et dans un grondement de lave de cendre et de poussière,
Ils reprirent possession de leur œuvre.
Ils arrêtèrent la rotation du monde,
Ils plongèrent leurs mains dans la pierre,
Ils reprirent les artefacts,
Ils arrachèrent les derniers survivants à leur folie.
Seuls deux peuples furent épargnés.
Aux hommes du Sud,
Ils confièrent le talisman au six serpents
Et les envoyèrent se cacher a l abris d’un volcan dont la lave les protegera d’un ultime déluge.
Aux hommes du Nord,
Ils donnèrent la Dent de l’Oiseau Céleste,
Et les poussèrent vers les montagnes les plus haute, leur ordonnerent de se cacher sous la neige.
Là où les vents ne soufflaient plus que des murmures.
Puis, leur courroux se déchaîna.
Ils soufflèrent sur la mer,
Ils brisèrent la pierre,
Ils effacèrent les royaumes des Petits Êtres.
Ils prirent la Pierre du Cosmos,
Et s’en retournèrent au ciel,
Refermant la porte du firmament derrière eux,
Laissant le monde redevenir silence.
Et depuis ce jour,
Le monde tourne,
Sans qu’aucun mortel ne se souvienne
Que tout cela n’était, au commencement,
Qu’un simple jeu.
