LE VOYAGE DE DIMAI


Le Voyage de Dimai nous entraînera des hauteurs mystiques du Chiapas, en remontant les méandres du Mississippi, jusqu’aux Rocheuses, à bord d’un bateau à vapeur blindé, véritable forteresse flottante. Sous le poids des légendes oubliées, Dimai, une jeune Indienne, découvre sa destinée : devenir Ixchell une demi-déesse façonnée par les ultimes secrets des codex incas. Guidée par Itzamna, dieu des éclairs et des visions, et accompagnée par un âne immortel, elle devra affronter les forces humaines et surnaturelles qui tentent de l’asservir ou de l’anéantir.

Chapitre 1 : Descendre de la montagne

Le volcan des origines

Extrait 1: La terre des origines

Montagnes du chiapas 1880.

Le sentier devient de plus en plus pentu, serpentant entre des massifs de verdure, mélange de sapins majestueux, de bosquets touffus, et de plantes grasses qui se frayent un chemin à travers la roche. Parmi elles, des orchidées sauvages d’un violet éclatant s’accrochent aux troncs noueux, tandis que des broméliacées ornent le sol, étalant leurs feuilles en rosettes brillantes, gorgées de l’humidité matinale.

Les brumes du matin s’étirent comme de longs voiles blancs entre les branches et les fleurs rampantes sur le sol, masquant à de nombreux endroits le petit chemin déjà trop étroit. De délicates fleurs de camélia, avec leurs pétales rosés, parsèment les alentours d ‘un enivrant parfum , jetant des touches de douceur dans la luxuriance de la jungle végétal environnante.

Au loin, le cercle rouge du soleil levant s’efforce d’embrasser les contours d’une montagne qui ne laisse encore rien dévoiler de ses formes. Cette montagne, imposante et mystérieuse, change de visage à chaque lever du jour, comme si elle se dissimulait derrière un voile d’éphémères illusions. Aussi loin que peut porter le regard, la silhouette d’un volcan veille sur les vallons qui s’enchaînent, ses flancs recouverts de cèdres imposants et d’épais massifs de fougères arborescentes, jusqu’à se fondre dans le ciel encore embrumé. L’ensemble de ce territoire et du ciel qui le couve semble sortir de cette bouche pour l’instant en sommeil.

Des filets rouges comme le sang filtrent à travers de fines gouttelettes qui enveloppent toute cette nature verdoyante et enlacent les sombres lianes. Les lianes de passiflore aux fleurs éclatantes, leurs vrilles s’agrippant à chaque support, donnent une couleur violette vive, presque irréelle, à cette scène baignée de mystère. Ceux qui, si tôt ce matin, traversent ce théâtre de verdure ne constituent qu’un petit groupe d’Indiens de la montagne du Haut Chiapas. Ils sont partis en groupe au petit matin du jour précédent.

En tête de cette troupe d’une dizaine de personnes, des hommes enveloppés dans leurs grandes capes de laine blanche et grise ouvrent la voie. Leurs jambes, protégées par des bandelettes de tissu tressé, fendent la forêt et la route encombrée par la fureur végétale à l’aide de lourdes machettes. Ils frappent sans retenue les cactées géantes aux épines menaçantes jaillissent çà et là entre les racines des pins. Des arums blancs, semblables à des calices, surgissent des fourrés humides. Les hommes portent tous de larges sacs de toile faits du coton des kapokiers. Rien ne semble pouvoir arrêter ni même troubler leur descente. De larges chapeaux de paille ornés de tissus rouges et bleus protègent leur tête et leur visage rond et souriant. Suivis par des femmes et des enfants, la communauté descend le sentier de fortune à vive allure. Cette route étroite les mène vers les prémices d’une grande vallée surplombée de montagnes impénétrables que seuls les Indiens, descendants des vieilles tribus Tzotzil, qui en avaient fait leur domaine depuis la disparition des dieux mayas, osaient parcourir et avaient transformé en leur refuge. La brume se dissipe à mesure qu’ils descendent vers le fond de la majestueuse vallée, révélant des touffes d’héliotropes pourpres et de petites fleurs de montagne jaune vif, comme des éclats de soleil sur la terre fertile.

Le centre de la colonne humaine, qui débouche d’entre les derniers pins, est constitué d’un groupe de femmes. De longues tuniques de laine noire, taillées grossièrement et offrant une protection des pieds jusqu’à la tête, elles-mêmes enveloppées de foulards de couleur bleue, donnent à l’ensemble un air de carnaval. Les rires succèdent aux cris au moindre trébuchement sur le sentier espiègle et tortueux. Certaines portent des chapeaux de paille ornés de longs rubans rouges et roses qui ne souffrent nullement des agressions de la jungle végétale, d’autres restent tête nue, leurs cheveux sombres ornés de petites fleurs jaunes de souci et d’hibiscus rouges cueillis au passage. Leurs tuniques sont parfois éclaboussées de gouttes de rosée que les orchidées laissent tomber depuis les branches au-dessus d’elles, ajoutant à la magie de cette descente matinale.

Cette file colorée déboule maintenant dans la large vallée où rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les enfants qui fermaient la marche sautent et s’éparpillent en tous sens, jouant sur un terrain enfin moins escarpé. L’odeur de terre mouillée, mêlée à celle des fleurs tropicales, emplit l’air autour d’eux. Ceux que, dans la vallée, on avait coutume d’appeler les « Indios » du Chiapas rejoignent la ville de San Juan de Chamulas et ses festivités annuelles. Les rires des enfants effacent le chand des oiseaux de couleur. La route de San Juan de Chamulas leur est familière et ce petit village reste le seul centre de toutes ces montagnes qui le bordent. Toutes les familles s’y rendent pour le marché depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, toute la troupe profite de l’espace dégagé pour réordonner son chargement, mis à mal par deux jours de marche. Les hommes resserrent les sangles de leurs sacs et les femmes arrangent, sur des petits plateaux de bois retenus par des sangles de cuir sur leur front, les fruits et baies qu’ils ont ramassés durant cette journée de descente. Baies de café, graines de cacao et avocats sauvages sont disposés avec soin, prêts à être vendus sur le marché. Il faudra faire bonne figure. Une fois dans la plaine, de nombreux convois semblables au leur apparaissent, descendant des hauteurs qui bordent la vallée de San Juan. Ils finissent par se rejoindre pour former une grande procession de couleurs, de rires, de chants, d’échanges et de rencontres. Tous sont animés par le même esprit de fête, de joie, et par l’envie de se retrouver réunis autour d’un élan commun qui les guidera vers les fêtes votives. Dépassant la faim, le froid et la tristesse des jours qui se suivent, hommes, femmes et enfants s’invitent à fêter et honorer leur vierge, « Santa Rosa ». Mélange d’anciens mythes et de nouveaux qu’ils ont adoptés dans une nuée de couleurs, de cris, et parfois de douleur, mosaïque de croyances qui les pousse vers l’avenir, la tête haute et le regard fier. Les chants sont à l’honneur de Zapata, parfois d’Hidalgo et souvent du dieu serpent qui sommeille encore dans ce volcan qui veille sur tous ces Indiens de la montagne, des montagnes jusqu’aux vallées encore inconnues de l’étranger. Tambours, flûtes et rasades d’alcool ralentissent la progression. Les groupes se forment et se séparent, toujours heureux de revoir une ancienne ici, un frère ou une sœur là-bas. Les enfants sont au centre, comme des petits dieux qui fabriquent les prochains jours, tout en prenant soin de ne pas gâcher leurs habits colorés, autant de fierté pour les vieilles couturières qui ne manquent pas de les réajuster. Le sentier se transforme en une route de terre qui mène directement à la dernière descente.

Le petit village de San Juan de Chamulas semble sortir de terre à mesure qu’ils avancent vers la petite cité. La troupe, pleine de joie, laisse derrière elle les brumes épaisses et la végétation dense qui, vue d’ici, paraît aussi impénétrable qu’une matrice vivante. Les arbres gigantesques, principalement des sapins et des cèdres, se dressent comme des gardiens silencieux, tandis que les fougères, les orchidées et les broméliacées recouvrent le sol et les troncs, créant un tapis luxuriant. De grandes lianes s’entrelacent dans les cimes, formant un plafond naturel où la lumière peine à percer, donnant une atmosphère presque mystique à la forêt qui disparaît peu à peu derrière eux.

En contrebas, l’église de San Juan se dresse, imposante, blanche comme la lumière du matin, ornée de trois grandes croix de bois. Sa façade éclatante se détache du paysage, et ses reflets, parés de couleurs vibrantes, rappellent l’importance qu’elle revêt pour ce peuple. Elle domine la place du marché, où hommes et femmes de la montagne viennent vendre leurs modestes cueillettes, les paniers tressés avec le savoir-faire ancestral des Indiens de la région.

Parmi les membres de la communauté, un visage se distingue par une expression plus réservée. Dimai, jeune fille à peine sortie de l’enfance, porte le costume traditionnel des femmes de la montagne : une longue robe de laine noire et un châle bleu qui ne laisse apparaître que son visage, où brillent de grands yeux noirs. Ces yeux, profonds et mystérieux, enflamment déjà les regards des jeunes hommes du village. Bravache, elle porte un lourd sac de toile qui semble peser autant qu’elle. Un collier de plumes multicolores, qu’elle a elle-même rassemblées lors de ses escapades, et des bracelets de pierres et d’os ornés de motifs primitifs complètent son apparence, contrastant avec la sobriété de sa tenue.

Dimai n’était pas une enfant née dans la communauté Chamula. Elle se distinguait par sa stature et son teint légèrement plus clair, et son histoire était bien connue de tous. Elle avait été découverte par Mouma, une Indienne Chamula d’âge mûr, sous un majestueux hibiscus géant, dont les fleurs blanches tachetées de rouge se détachaient comme des éclats dans la forêt. Dimai reposait alors dans un panier tressé de feuilles de maguey séchées, entourée de plumes noires et blanches. Ces plumes précieuses avaient été conservées par Mouma et reposaient désormais sur un petit autel dans leur humble maison.

Pendant quatorze ans, Mouma avait élevé Dimai comme sa propre petite-fille. Elle l’avait initiée aux coutumes et aux rites des Chamulas, tout en l’encourageant à explorer la forêt environnante. Les montagnes du Chiapas, avec leurs versants escarpés et leurs forêts vierges, étaient devenues pour Dimai un vaste terrain de jeu et d’aventure. Elle se perdait souvent dans cette nature sauvage, s’aventurant là où les autres enfants n’osaient pas aller. Ses escapades la menaient loin, à travers des sentiers sinueux bordés d’agaves géantes, de cactus et de palmiers, jusqu’aux profondeurs où règnent des créatures dont on ne parle que dans les légendes.

Mais ce qui la fascinait le plus, c’était la faune aviaire qui peuplait les hauteurs de la forêt. Des toucans au bec immense et aux plumes irisées s’ébrouaient dans les branches, tandis que des perroquets aux couleurs vives lançaient des cris perçants qui résonnaient dans l’épaisseur du feuillage. Dimai observait ces oiseaux pendant des heures, cachée parmi les racines ou perchée dans les arbres. Elle avait appris à reconnaître chaque chant, chaque nuance de plumage, et à imiter les sons de ces créatures ailées. Chaque plume trouvée au sol était pour elle un trésor qu’elle ajoutait à sa collection personnelle, sa « boîte à couleurs qui chante ».

En grandissant, ses rêves étaient peuplés de visions mystiques. La nuit, elle volait au-dessus des cimes, portée par les oiseaux qu’elle aimait tant, survolant des montagnes imposantes et des volcans en éruption. Elle voyait des paysages qu’elle ne connaissait pas : des temples enfouis sous la jungle, des pyramides de pierre cachées sous les lianes, des créatures anciennes qui la suivaient en silence. Au réveil, les images étaient claires et puissantes, et elle sentait que la forêt lui révélait des secrets que seuls les élus pouvaient comprendre.

Mouma, qui vieillissait, observait en silence les changements de sa protégée. Un jour, alors que Dimai lui racontait un de ses rêves, Mouma lui répondit avec gravité :
« Tu grandis vite, ma fille, et la forêt t’a déjà montré des choses que même les anciens ignorent. Il est temps pour toi de rencontrer le sage à San Juan. Lui seul pourra t’aider à comprendre tes visions. »
Dimai ne comprenait pas tout, mais elle savait que Mouma avait raison. Elle voyait des choses que personne d’autre ne voyait, même les anciens de la tribu. Elle entendait des chants et des murmures dans la forêt que les autres enfants ne percevaient pas. La nuit, les oiseaux venaient à elle, chuchotant des secrets dans un langage qu’elle seule pouvait comprendre. Le lien qu’elle entretenait avec la forêt et ses habitants était profond et mystérieux.

Lors de leur dernière descente vers San Juan de Chamula, Mouma parla longuement à Dimai de son origine, de l’histoire de sa découverte et des légendes oubliées. Mouma évoqua la prophétie d’une enfant destinée à libérer le peuple maya du joug des colons blancs. Dimai écouta avec attention, se rendant compte que ces légendes pouvaient avoir un lien avec ses propres visions. Mouma savait que son temps touchait à sa fin et que Dimai devait maintenant suivre son propre chemin.

Cette marche vers San Juan était empreinte de mystère. Mouma, affaiblie, tenait à faire ce dernier voyage pour préparer Dimai à rencontrer le sage, et pour lui permettre de trouver sa place dans ce monde entre rêve et réalité. Les oiseaux qu’elle aimait tant semblaient les accompagner, volant en cercle au-dessus d’eux, comme pour guider leurs pas.

Dimai comprenait que son avenir était lié à cette terre sauvage, aux forêts profondes et aux montagnes du Chiapas. Les oiseaux et les esprits de la forêt l’avaient choisie. Elle n’était plus une enfant, et son destin l’appelait au-delà des montagnes, vers des mystères qu’elle était prête à affronter.

Extrait 2: Le village de San juan de chamula

Iglesia de San Juan Bautista

Elle erre dans le village, cherchant désespérément une route secrète, une faille entre le présent et le passé, pour retrouver ces anciens sentiers mystiques. Pourtant, chaque chemin la ramène inlassablement à la place du marché, où les villageois la saluent avec respect, sans jamais croiser son regard. Cela fait si longtemps qu’elle n’a pas vu Mouma que son absence semble tisser une toile autour d’elle, épaisse et sombre.

Un après-midi, après une longue matinée passée à apprendre les signes et les chiffres avec les sœurs, Dimai parcourt le marché sans conviction. Les étals laissent défiler leurs marchandises colorées sans qu’elle y prête attention. C’est alors qu’elle aperçoit un visage familier, surgissant de ses souvenirs comme une apparition. Un vieil homme, un de ces visages issus de la forêt, qu’elle reconnaît immédiatement. C’est celui qu’elle croisait parfois, dans la pénombre des arbres lors de ses escapades nocturnes. Ses mains ridées étalent devant lui des tissus et rubans colorés, éclats d’un monde qui semble l’appeler, des fragments d’un passé révolu. Elle sait d’instinct que ces tissus ne peuvent provenir que de son hameau, ce refuge perdu dans les nuages.

Dimai n’hésite pas. Elle court vers lui, son cœur battant au rythme des tambours sacrés qu’elle entend parfois dans ses rêves. Elle se jette dans ses bras, retrouvant cette chaleur, cette odeur de terre et de bois qui lui manquait tant. Ensemble, ils tournent, leurs corps enroulés l’un autour de l’autre, comme lors des anciennes danses nocturnes pour célébrer la nouvelle lune. Leurs mouvements évoquent des rites oubliés, des offrandes aux anciens dieux de la forêt.

À ses côtés, un âne et un dindon, symboles des anciens temps, la regardent avec une tranquillité énigmatique. Le vieil homme, son visage ridé illuminé par un sourire empreint de sagesse, la hisse avec douceur sur le dos de l’âne. Autour d’eux, l’air se charge d’une énergie subtile. Le vent commence à se lever, emportant avec lui les rubans et tissus qui se déploient comme des ailes de papillons sacrés, rappelant les plumes de Quetzalcoatl, le dieu-serpent, dont les couleurs ornaient autrefois le ciel des Aztèques.

Le monde semble s’effacer autour d’eux alors qu’une légère brume s’élève, dansant entre les pieds des passants. Dimai ressent cette présence mystique qui l’entoure, ce même souffle qui jadis guidait les anciens vers leurs pyramides sacrées. En elle, elle sent l’écho des dieux anciens : Tezcatlipoca, le dieu de la nuit et des miroirs, qui semble observer chaque pas qu’elle fait ; Huitzilopochtli, le dieu de la guerre, dont le souffle puissant traverse la vallée et fait frissonner les arbres. Les cieux grondent doucement, une promesse d’orage mystique plane dans l’air, une vapeur dense monte, comme si les dieux eux-mêmes attendaient un signe, une offrande.

Le vieil homme chuchote quelque chose à l’oreille de Dimai, des mots que seul le vent emporte, une incantation oubliée des anciens temps. Les rubans autour de ses poignets flottent dans l’air comme des serpents d’arc-en-ciel, tandis que l’âne avance lentement. Le monde autour d’eux se fige, comme suspendu dans un rêve ancien. Dimai sent que cette rencontre n’est pas fortuite. Le dieu-serpent veille sur elle, et les anciens dieux aztèques semblent prêts à lui révéler un destin qu’elle seule pourra comprendre.

Pendant de longs mois, Dimai est initiée par le vieil homme, Itzamna, qui lui dévoile le véritable sens de la pensée indienne et la force de la nature. Ce n’est pas un simple enseignement, mais une épreuve d’intense douleur et de profonde initiation. Chaque journée et chaque nuit sont une immersion dans le mystère des anciens, un voyage où elle découvre l’envers des choses. Le voile de la réalité se déchire pour elle, révélant un monde caché, un univers où la nature règne en maître et où elle, Dimai, est destinée à devenir Ixchell, la déesse de la nature, la vengeresse sacrée. Celle qui rétablira l’ordre des temps, qui renouera les liens avec les étoiles et avec la force divine du monde. Dans son ultime transformation, la foule la scande, l’appelant par son nouveau nom : Ixchel, la Dame Arc-en-Ciel, issue des légendes des hautes montagnes.

Extrait 3: Les hommes volants

Danza de los Voladores

La forêt s’écarte enfin, et la pyramide de pierre apparaît. Elle semble plus vivante encore, une créature de roche et de lierre, observant la scène en silence. Ses marches, larges et abruptes, suintent une ancienne malédiction, des rivières de sang imaginaire glissant encore sur ses flancs. Ses niches abritent des oiseaux qui regardent la procession d’un œil curieux, leurs plumes noires se confondant avec les ombres qui rampent à la surface des pierres.

Les tambours résonnent comme des battements de cœur, chaque note plus sourde que la précédente, étouffée par les cris de la foule en trans. Les femmes nues se traînent jusqu’aux marches de la pyramide, leurs mains caressant les pierres rugueuses avec une dévotion morbide, le sang de leurs doigts s’écoulant dans les fissures. Les hommes, sans visage, continuent leur danse autour du mât planté devant la pyramide, traçant des cercles effrénés sous le regard des cinq hommes vêtus de blanc qui montent silencieusement vers le sommet du pieu géant. surplombant la foule , défiant la pyramide, Ils se placent sur la frêle plateforme qui surmonte le mat. Assis , puis debout, Les cinq danseurs attachent précautionneusement une corde a leur pied, l’enroule le long de leur taille comme l aurai fait un serpent salut le sommet de la pyramide et sautent. Leurs corps souples et décorés de plumes colorées flottent dans l’air, comme s’ils ne faisaient plus qu’un avec la nuit qui tombe. Leurs mouvements hypnotiques semblent défier la gravité, leurs cordes se déployant comme des serpents géants, les laissant descendre en spirales, tel des oiseaux de mauvais augure. Ixchel ne peut s’empêcher de reculer, sentant que la terre sous ses pieds, vivante, la dévore lentement. Leur corps se vrillent et tourne a mesure que les cordes se déroulent jusqu a former un ballet de véritable homme volant défiant la chute. Plus rien n arrêtera la liesse de la foule les cris , les jeter de fleur, jusqu’au moment ou les cinq hommes volant d’un geste ancestral se défont de leur liens et rejoigne le sol peuplé de pétales de fleurs et de danseur.

A son réveil, Ixchell est allongée sur un lit de paille, dans une pièce aux murs de pierre tapissés de tableaux colorés. Chaque toile raconte une histoire ancienne, où des visages et des paysages se mêlent dans une fresque chaotique. L’un des visages ressemble étrangement à Itzamna, ou du moins à quelqu’un qui porte ses traits comme un masque du passé. Son quotidien se transforme en un mélange de réalité et d’hallucinations; elle devient la servante silencieuse de la pyramide de pierre, habitée par des visions et des voyages oniriques qui la laissent épuisée, mais éveillée à des vérités qu’elle ne comprend qu’à moitié.

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